11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 18:13

La porte de la banque n'émit aucun son lorsque Morfëa l'ouvrit pour entrer. Un calme brouhaha l'enveloppa aussitôt dans l'air frais de l'établissement aux murs épais. Il apprécia d'un simple coup d'oeil le charme ancien du marbre et des boiseries parfois rehaussés de cuivre et plus occasionnellement de dorures. Il se dirigea d'un pas tranquille dans le grand hall, montant les trois marches le séparant du milieu de la pièce. Il jeta par habitude le regard circulaire de ceux qui cherchent où se rendre bien qu'il sache déjà où aller. Il aperçut du coin de l'oeil les deux gardes en armes qui veillait à la sécurité des lieux. Un bien triste métier songea-t-il. Si les choses allaient mal, on avait tôt fait d'être terrassé par un morceau de plomb, si les choses allaient bien, c'était l'ennui qui s'en chargeait. Au moins ce dernier avait pour avantage d'être bien plus long à la tâche. Morfëa réajusta ses boutons de manchettes en or et ivoire puis avança en direction d'un guichet dont l'enseigne cuivrée affichait “dépôts”. La guichetière lui lança son plus brillant sourire que ses jeunes années n'avaient pas encore eut le temps de perdre à la force de la routine.

“Bonjour monsieur, vous venez pour un dépôt?” demanda-t-elle obligeamment comme elle se devait de le faire sitôt que le Félis au pelage quasi-noir fut arrivé face à elle.

“Tout à fait.” répondit-il sobrement en accompagnant ses mots d'un très léger mouvement de tête et d'un imperceptible demi-sourire rehaussé d'un regard bienveillant.

“Quel montant désirez-vous déposer?” fit-elle en se saisissant d'un formulaire sans perdre son sourire à présent renforcé par l'amabilité de son client.

“Un million de dollars.”

La jeune Félis troqua son sourire pour des yeux ronds. Elle ne devait pas être habituée à ce genre de somme. Toutefois, elle se ressaisit bien vite et répondit poliment:

“Je vais vous chercher un responsable.”

 

Morfëa s'autorisa un sourire de satisfaction quand l'employée revint, devancée d'un de ses supérieurs. Le Félis, d'âge mûr, présentait la bonne mine de ceux qui mangent chaque soir à leur faim, voir un peu plus par gourmandise. Ses gestes nerveux trahissaient son professionnalisme et le manque de sommeil qui en découlait. Son costume trois pièces noir de jais, faisant à la fois du personnage quelqu'un d'important et d'une stricte neutralité, correspondait parfaitement à sa fonction, qu'il présenta, Hubert Dikkleson, directeur adjoint. Ce dernier ne put s'empêcher de lorgner brièvement sur la mallette que Morfëa tenait à la main. Gêné que son regard ait été perçu nimbé d'une pointe d'avidité si peu plaisante et devant l'inexpression alors totale du client à la fourrure noire, excepté pour la tâche blanche sur son oeil droit et le bout de sa queue, il réajusta ses petites lunettes carrées et proposa maladroitement à voir de plus près la somme à déposer en tendant une main. Morfëa ne réagit toujours pas et se contenta simplement de répondre froidement:

“Ne pourrions nous donc pas voir cela plus... au calme?” en jetant un regard entendu aux environs où s'affairaient paisiblement une petite foule d'employés et quelques clients dans des murmures feutrés.

“Oui, oui,... Bien sûr!” s'empressa de répondre le Félis beige tigré. “Si vous voulez bien me suivre.”

Sur quoi Hubert Dikkleson alla ouvrir une partie amovible du comptoir et enjoignit son client à le suivre. Le Félis noir s'exécuta et, en dépassant l'employée visiblement déçue par la froideur dont il faisait à présent preuve, s'autorisa discrètement à lui faire un clin d'oeil en lui tirant espièglement la langue. Elle se retint de pouffer et le sourire lui revint. Après quoi elle les perdit de vue lorsqu'il passèrent la porte de l'antichambre du coffre.

 

La pièce en question était toute simple. Ses mur étaient peints de blanc et son sol était dallé de marbre strié à l'instar du reste du bâtiment. Dans l'angle gauche de la pièce se tenait un secrétaire où quelques documents étaient soigneusement empilés. L'endroit devait servir à compter et recompter les entrées d'argent tout comme les sorties ainsi qu'à régler de menues affaires administratives réservées aux cadres inférieurs. Au dessus du meuble étaient affichées diverses notes de service de même que le règlement intérieur de l'établissement et les emplois du temps du personnel. En face de la porte se tenait l'immense cône blindé renfermant toutes les richesses des lieux. Un garde de faction dans la pièce émit un bref regard soupçonneux à Morfëa comme le devait la tradition du métier puis salua les deux venus d'un léger signe de tête.

Le directeur adjoint s'assit au secrétaire et le Félis quasi-noir lui tendit la mallette. Il s'en saisit et, avant qu'il ne puisse l'ouvrir, entendit son client déclarer calmement à côté de lui:

“Le premier à gaffer mourra. Le second aussi.”

Le chat noir venait de sortir de ses poches deux Colt .45. L'un pointé vers le banquier, l'autre vers le garde. Il se recula de quelques pas, se rapprochant du mur pour les tenir plus aisément en joue dans le même angle de visée. Les deux autres Félis s'étaient figés. Le garde avait judicieusement arrêté son geste vers son arme et Hubert Dikkleson avait à présent sa lèvre inférieure qui tremblotait. Morfëa continua très simplement:

“Auriez-vous l'extrême obligeance de mettre lentement -et j'insiste sur ce point- vos mains derrière votre crâne s'il vous plaît?”

Les deux Félis s'exécutèrent prudemment sans discuter. Le garde tenta néanmoins de parlementer.

“Vous ne pourrez jamais sortir d'ici, soyez raisonnable, rendez-vous.”

Sur quoi le Félis noir répliqua dans un sourire doucereux:

“C'est ce que nous verrons.” Il marqua un court temps, avisant la montre que le directeur adjoint portait au poignet gauche. Un droitier. “Monsieur Dikkleson, auriez-vous la gentillesse de bien vouloir, toujours avec un calme mesuré, vous saisir de l'arme de monsieur ici présent entre le pouce et l'index de votre main gauche, la poser délicatement à terre et la faire glisser vers moi du bout du pied? Je vous en serais gré.”

Il appuya ses propos d'un sourire badin et eut un léger mouvement d'une de ses armes pour insister son interlocuteur à réagir alors qu'il était littéralement figé par la peur. Le mouvement eut l'effet escompté et sembla libérer Hubert Dikkleson de sa transe. Il recula maladroitement vers le garde en fixant toujours son agresseur et sans oser bouger un seul doigt avant de s'être arrêté. Après quoi il suivit scrupuleusement les ordres de Morfëa même si ce dernier craignait dans un premier temps que les tremblements de Hubert ne lui fissent échapper l'arme des doigts. Il n'en fut rien. Tout se passa comme prévu et le pistolet du garde finit sous le pied du chat noir.

“A présent, vous seriez aimable de bien vouloir vous retourner puis de vous mettre à genoux cher monsieur de la garde, tandis que l'appliqué Hubert vous passera consciencieusement vos propres menottes dans le dos avec ce calme si reposant seyant parfaitement à l'instant présent.”

Les deux victimes se regardèrent avec le regard désespéré des condamnés à mort. Le Félis noir devait être dérangé pour parler ainsi. Sûrement un dangereux maniaque bourré d'obsessions délirantes qui allait leur couper la gorge d'un instant à l'autre... La peur et le doute les figea peu à peu dans un endroit qu'ils auraient voulu hors du temps pour ne jamais avoir à s'exécuter. La voix de Morfëa les ramena soudain à la réalité.

“Allez!”

Il n'avait même pas crié, juste affermi un peu plus son ton, son regard s'était de nouveau fait impassible. Hubert n'osa pas contester outre mesure. Quitte à mourir, quelques secondes de plus seraient les bienvenues, surtout si elles pouvaient être porteuses d'espoir ou d'un quelconque miracle... Le garde se prêta obligeamment au jeu et, lorsqu'il fut menotté, Morfëa se rapprocha d'eux deux et lui asséna un violent coup sur le crâne sans ménagement aucun. Il tomba inanimé.

Le banquier eut un hoquet qu'il étouffa quand le canon d'une arme se pointa plus près qu'il ne l'aurait voulu vers son cou.

“Nt nt nt, pas de bruit. Et maintenant, ouvrez le coffre s'il vous plait.”

Les gènes de banquier de Hubert Dikkleson prirent alors momentanément le pas sur ceux de tout autre instinct de survie. Ce dernier s'indigna avec la lueur noble des héros dans le regard:

“Ça jamais, foi de banquier, plutôt mourir.”

Morfëa eut un sourire cruel et lâcha comme un fauve se délectant par avance du sang chaud qu'il aura tôt fait de répandre de sa proie:

“Vos désirs sont des ordres.” Et il appuya son arme tout contre la gorge de son interlocuteur qui tenta de loucher sur le canon, déglutit avec peine au moment où il entendit le déclic du chien s'armer et, au vu de la tournure dramatique des évènements qui risquaient, à en juger par le terrifiant regard du Félis noir, d'être ses tout derniers instants, se rattrapa bien vite en bafouillant:

“Mais... mais... mais... Je... Je peux faire une exception.”

Sans relever son arme, Morfëa quitta son regard de prédateur pour un large sourire sans toutefois rien perdre de son allure inquiétante. Il lui souffla avec une pointe d'amusement narquoise dans la voix:

“Je savais que je pouvais vous faire confiance.”

 

Morfëa jubilait calmement en son for intérieur. Pendant que le directeur adjoint remplissait sa malette, jusque là vide, d'un véritable million de dollars sous la bonne garde des Colt .45, il ressassait mentalement toute sa délicate opération. Tout n'avait été qu'une question d'audace, de confiance. D'abord, entrer dans la banque, demander à faire un dépôt qui nécessite un certain isolement ainsi qu'un responsable compétent. Le risque étant ici de ne pas se voir accorder l'isolement, mais la banque n'aurait pas pris le risque de perdre un bon client. Dans le pire des cas, il était toujours possible de se retirer à cet instant de l'opération. Mieux valait se montrer prudent et avorter le vol plutôt que de prendre dès le début un nombre trop conséquent de risques inutiles. Deuxièmement, prendre en otage la personne compétente et neutraliser les gardes présents sans donner l'alarme. En ayant l'initiative et en donnant au moins l'illusion de contrôler parfaitement la situation cela n'était question que d'un peu d'adresse et de confiance en soi. Ensuite, s'assurer de la coopération de l'otage avec des arguments appropriés. Enfin, ressortir l'air de rien, en compagnie de l'otage comme faire-valoir. Cette partie-ci serait simple. Il lui suffirait de refaire le trajet inverse avec Hubert Dikkleson tout près de lui. Une main pour la mallette, l'autre pour le Colt dans la poche. Le prévenir qu'en cas de problème la première balle lui échaudrait devrait suffire à le convaincre de marcher droit. Cependant, il faudra lui parler de tout et de rien, la famille, le beau temps, les enfants... Histoire de le détendre un peu, de donner le change. Le change... Ah! Un million fictif contre un véritable million, ça c'est du taux de change! Dehors, Le Petiot n'attendait que de démarrer en trombe au volant de sa Ford toute neuve une fois que Morfëa serait revenu. Un plan parfaitement orchestré, sans anicroche, un simple retrait d'un million de dollars. Sans provisions. Il en sourit jusqu'au oreilles.



Texte de Morfëa, d'où sera tiré le scénario de la BD que nous préparons.
Merci de ne pas copier.


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Published by Helly - dans BD
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commentaires

dissertation 19/11/2009 14:52


Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!
___________________

dissertation


Helly 14/11/2009 21:03


Hé oui, je tente d'en faire une BD !
C'est aussi pour cela qu'il y a beaucoup de description, ça m'aide à faire le storyboard ;)


sister 13/11/2009 18:23


Je t'avoue que jai pas tout lu. c'est bien écrit mais peut etre un peu trop pour le lecteur et peut etre un peu trop de description ^^ enfin c'était ma première impression. Sinon on voit que c'est
sérieux et c'est interessant. ^^


Alice 13/11/2009 11:54


Sympathique, c'est bien écrit !
Et tu comptes faire une BD de tout ça? Ou juste quelques illu'?


Raphy / DARK / Nucklesk 12/11/2009 14:18


joli, j'ai hate de voir la suite =)


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